Les gagnants et les perdants de la Seconde Guerre mondiale se rencontrent à Bonn

Les quatre puissances victorieuses de la Seconde Guerre mondiale – les Etats-Unis, l’Union soviétique, le Royaume-Uni et la France – et les deux Allemagnes se retrouveront aujourd’hui à Bonn, 45 ans après la conférence de Potsdam, pour entreprendre une tâche ardue et longtemps retardée : la rédaction d’un accord qui permet l’unification allemande après le trauma du nazisme et presque un demi siècle de séparation, et qui remplit le vide juridique ouvert par un traité de paix qui, du fait de la guerre froide, ne fut jamais signé.La réunion d’aujourd’hui n’est que le début de pourparlers qui dureront au moins jusqu’à l’automne prochain. D’ici là, la conférence à deux plus quatre, comme on l’appelle depuis sa convocation à Ottawa (Canada) il y a quelques mois, devrait avoir préparé une proposition sur les caractéristiques politiques, militaires et stratégiques de la nouvelle Allemagne. Cette proposition serait formellement portée à la connaissance des 35 pays membres de la Conférence pour la sécurité et la coopération en Europe (CSCE), fondée à Helsinki en 1973 et dont la prochaine réunion est prévue en novembre.

 

Le début de la conférence à deux plus quatre, qualifiée de « la plus importante depuis la guerre » par des sources diplomatiques américaines, sera discret et fondamentalement technique. Chaque délégation ne sera composée que de deux ou trois personnes de bas niveau politique. Aujourd’hui, ni la République démocratique allemande (RDA) – dont le gouvernement sera démis de ses fonctions après les élections de dimanche prochain – ni ses interlocuteurs – qui à leur tour attendent le résultat de ces élections – ne sont en mesure d’aborder les questions essentielles.

Conversations fermées

La République fédérale d’Allemagne (RFA) a voulu consacrer dès que possible le caractère fermé des pourparlers, en excluant d’eux les pays qui, comme la Pologne, ont montré un intérêt énorme à participer en tant que victimes du nazisme. D’autre part, les anciens alliés de guerre tentent de calmer l’inquiétude suscitée en Europe par la future unification de l’Allemagne. Il s’agirait, dans ce cas, d’indiquer clairement que l’unification se fera sous le contrôle de la communauté internationale.

Le bref ordre du jour d’aujourd’hui, préparé par des techniciens des deux Allemagnes, se concentre sur la nouvelle situation à Berlin. Les aspects les plus épineux de l’unification – adhésion à l’OTAN ou neutralité, frontières avec la Pologne et les troupes soviétiques et alliées sur le territoire allemand – seront traités ultérieurement, selon des sources diplomatiques allemandes et américaines.

Le secrétaire général de l’OTAN, Manfred Woerner, a déclaré hier soir que les troupes soviétiques, actuellement stationnées sur le territoire de la RDA, pourront rester « pendant un certain temps » en Allemagne réunifiée, comme titre pour « garantir les intérêts légitimes de sécurité », rapporte France Pressel.